Tu sais que je suis cette fille là. Un peu chiante qui a besoin d'être aimée. Vite étouffée, mais qui cherche des bras ouverts. Qui saute sur les autres mais qui n'aime pas se faire sauter dessus. Faut pas trop lui en vouloir, même si elle passe son temps à s'excuser. La vie n'est qu'une longue excuse. Elle se lie de toi, lit en toi. Et puis t'es là. Elle le sait ça, oh oui. Et des fois, quand elle en a marre, qu'elle veut que ça change, elle devient différente, ça en est comme si on ne la reconnaissait plus. Mais toi tu devais faire comme si elle avait toujours été comme ça, comme si tu l'avais toujours connue, comme si tu l'avais toujours aimé. Mais on sait bien que non, malgré tout. Mais on dit rien.
Comme toujours on tait les choses qui ne devraient pas être dites. Il est bien là le problème : vivre dans un monde de silence et de mensonge. On s'enfonce dans la solitude qu'on a voulue. Nous sommes bien maitres de notre destin. Quand on y pense : n'importe qui peut changer le cours d'une vie... Même toi, petite personne au coeur sensible que tu es. On se cache derrière des apparences, pour masquer notre différence, voire notre indifférence.
Et puis peu à peu, tu m'as reconnue. De nouveau tu voyais en moi celle que tu avais eu peur de perdre. J'étais revenue. La petite ingénue, à la figure angélique que tu aimais tant. Quel bonheur j'éprouvais quand tu caressais mes petites joues douces, ralentissais sur mes faussettes et t'arrêtais enfin sur ma bouche entr'ouverte. Le contact de tes longs doigts fins sur cette peau immaculée, quand tes ongles, soigneusement coupés pressaient avec passion ma chair... C'est tant de souvenirs qui affluent lorsque ton nom résonne en moi.
J'en avais besoin, de tous ces signes, de toutes ces preuves d'attachement. Mais tu ne m'a rien donné de tout ça. Et pourtant, tu le savais, que j'étais cette fille là.
Et c'est cette musique qui me berce le soir, quand entre deux larmes je murmure comme à moi même que je m'en veux : la longue plainte de mon coeur brisé.